La première fois que j'ai entendu madame Raymonde chanter, c'était sous mes fenêtres de la rue Saint-Aubin à Angers : une dame en robe et fichu chantant des chansons réalistes accompagnée de son orgue de barbarie... la dame, je l'ai appris après, c'était Denis d'Arcangelo, et madame Raymonde l'un de ses personnages.
Madame Raymonde est devenue une star du théâtre, et fait en ce moment son retour au Vingtième Théâtre à Paris (dans le 20ème arrondissement, comme son nom l'indique justement !) dans Madame Raymonde exagère ! c'est la deuxième fois que Raymonde investit ce théâtre et qu'elle y promène sa gouaille parigote et ses robes à fleurs dans un "tour de chant" qui a tout du tour de passe-passe : Denis nous promène sans cesse entre rire aux larmes et larmes tout court, avec un sens inouï et fabuleux de la rupture de ton et un immense talent, tant vocal que scénique. "L'Art Lyrique m'a appelé très tôt, mais j'ai mis du temps à l'entendre" dit Raymonde, genre de pute au grand coeur qui chante ce si extraordinaire répertoire de la chanson réaliste début de siècle - de siècle dernier désormais.
Madame Raymonde a un nouveau spectacle, une nouvelle robe (et une incroyable fourrure...) et boit moins de vin qu'avant - un peu moins de vin... - mais elle est toujours en grande grande forme !
Madame Raymonde exagère, avec Denis d'Arcangelo et Sébastien Mesnil à l'accordéon (qui mérite tout autant d'éloges, même si ce n'est pas lui qui porte les talons hauts !) est au Vingtième Théâtre jusqu'au 26 avril du mercredi au dimanche (15h le dimanche et 19h30 les autres jours, un horaire idéal pour aller au spectacle puis dîner dans ce joli quartier de Ménilmontant).
Affichage des articles dont le libellé est mes spectacles. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est mes spectacles. Afficher tous les articles
vendredi 20 mars 2009
mercredi 17 septembre 2008
classe de maître
Olivier m'a fait la surprise de m'emmener hier soir au Théâtre de Paris voir Master Class, la pièce de Terence McNally interprétée par Marie Laforêt dont on avait déjà tellement parlé en 2000, et pour lequel elle avait gagné un Molière de la meilleure actrice.
Le texte est très largement inspiré des dernières master classes que donna Maria Callas, à la Juilliard School à New York en 1972, alors qu'elle était de longtemps privée de sa voix...
C'est une nouvelle adaptation, une nouvelle distribution et une nouvelle mise en scène. Je n'avais pas vu la première donc je ne peux pas comparer - mais j'ai été, comme toute la salle, particulièrement fasciné par la prestation de la comédienne qui, pendant près de deux heures, est quasi seule à parler, à habiter un si extraordinaire personnage.
Car c'est bien Maria Callas qui est le personnage central de ces leçons : en tant qu'enseignante bien entendu, même si elle dit à plusieurs reprises qu'elle n'est pas là, qu'il ne faut pas la regarder et que ce n'est pas elle la vedette de la soirée - même si elle est omniprésente... (ça, c'est du Callas dans le texte, je suis sûr) - mais surtout, par ses longs soliloques quasi fantômatiques, en tant que Maria Sofia Kalogéropoulos, cette femme grecque si terriblement seule et blessée qui se cachait derrière la si célèbre artiste.
La première partie est magnifique, qui nous montre la vieille diva exécrable avec tout le monde, totalement centrée sur elle-même et ses anciens succès, qui va petit à petit s'humaniser, jusqu'à la fin de la première partie (par un artifice totalement extraordinaire que je ne révélerai pas !), véritable apogée de la pièce. Après la pause, la seconde partie ne tient malheureusement pas les promesses de la première : elle est plus banale, plus convenue (on y croise deux types de chanteurs particulièrement marqués : la soprano imbue d'elle-même et le ténor con comme ses pieds mais qui chante divinement) - et un peu décevante lorsqu'on nous ressert, un peu froid désormais, le même génial artifice qui concluait la première partie (celui dont je ne dirai toujours rien).
Pour la performance de Marie Laforêt, magnifique, et pour apprendre un tout petit peu de la femme qui se cachait derrière la chanteuse (et entendre quelques phrases particulièrement cinglantes sur les réalités de notre métier d'artiste...), il faut aller voir Master Class. Puis-je me permettre de conseiller à ceux qui, comme moi, était scotchés à leur siège à la fin de la première partie - de rester sur cette émotion forte et de partir à l'entracte ?
Le texte est très largement inspiré des dernières master classes que donna Maria Callas, à la Juilliard School à New York en 1972, alors qu'elle était de longtemps privée de sa voix...
C'est une nouvelle adaptation, une nouvelle distribution et une nouvelle mise en scène. Je n'avais pas vu la première donc je ne peux pas comparer - mais j'ai été, comme toute la salle, particulièrement fasciné par la prestation de la comédienne qui, pendant près de deux heures, est quasi seule à parler, à habiter un si extraordinaire personnage.
Car c'est bien Maria Callas qui est le personnage central de ces leçons : en tant qu'enseignante bien entendu, même si elle dit à plusieurs reprises qu'elle n'est pas là, qu'il ne faut pas la regarder et que ce n'est pas elle la vedette de la soirée - même si elle est omniprésente... (ça, c'est du Callas dans le texte, je suis sûr) - mais surtout, par ses longs soliloques quasi fantômatiques, en tant que Maria Sofia Kalogéropoulos, cette femme grecque si terriblement seule et blessée qui se cachait derrière la si célèbre artiste.
La première partie est magnifique, qui nous montre la vieille diva exécrable avec tout le monde, totalement centrée sur elle-même et ses anciens succès, qui va petit à petit s'humaniser, jusqu'à la fin de la première partie (par un artifice totalement extraordinaire que je ne révélerai pas !), véritable apogée de la pièce. Après la pause, la seconde partie ne tient malheureusement pas les promesses de la première : elle est plus banale, plus convenue (on y croise deux types de chanteurs particulièrement marqués : la soprano imbue d'elle-même et le ténor con comme ses pieds mais qui chante divinement) - et un peu décevante lorsqu'on nous ressert, un peu froid désormais, le même génial artifice qui concluait la première partie (celui dont je ne dirai toujours rien).
Pour la performance de Marie Laforêt, magnifique, et pour apprendre un tout petit peu de la femme qui se cachait derrière la chanteuse (et entendre quelques phrases particulièrement cinglantes sur les réalités de notre métier d'artiste...), il faut aller voir Master Class. Puis-je me permettre de conseiller à ceux qui, comme moi, était scotchés à leur siège à la fin de la première partie - de rester sur cette émotion forte et de partir à l'entracte ?
jeudi 10 avril 2008
dans la Lune
J'ai eu la chance d'assister hier soir au Théâtre de l'Athénée à la Générale de L'Autre Monde ou Les Etats et Empires de la Lune, de Cyrano de Bergerac, adapté, mis en scène et interprété par Benjamin Lazar.
Benjamin Lazar est très loin d'être un inconnu. J'ai eu la chance de travailler avec lui (et de découvrir ses yeux que nul n'oublie plus jamais...) avant qu'il soit la jeune star du théâtre baroque restitué qu'il est devenu avec sa version unanimement célébrée du Bourgeois Gentilhomme de Molière, puis son magnifique Sant'Alessio de Stefano Landi, avec Les Arts Florissants. S'il est une star, portraituré dans Télérama cette semaine ou magnétophonisé par France Inter le mois dernier, Benjamin n'en reste pas moins un garçon d'une discrétion et d'une gentillesse tellement grandes et sincères que, rien que pour ça, il mérite le beau succès qu'il a... Un homme veut aller voir si la lune n'est pas un monde en elle-même et use de divers stratagèmes pour y grimper. Il tombe dans un monde où on le prend pour la femelle de l'animal de compagnie de la Reine de la Lune, et y vit des aventures et des rencontres passionnantes, drôles ou stimulantes.
Tout ça repose sur un seul homme : Benjamin Lazar, seul en scène (avec deux musiciens qui ponctuent le texte de quelques pièces et de bruits) pendant une heure et demi. Ce qui est fascinant, c'est sa capacité à investir l'espace et à utiliser le si peu de mobilier à sa disposition pour en faire un monde - une chaise devient ainsi une machine volante, et un escabeau une cage... l'imaginaire est à la fête dans ce spectacle, qui démontre superbement que la prononciation restituée du français ancien et la gestuelle baroque ne sont pas, comme on l'entend encore beaucoup (enfin moi, qui suis dans ce monde-là), une afféterie ou une simple mode. Mais bien une belle esthétique, sensible et délicate.
L'Autre Monde ou Les Etats et Empires de la Lune, de Cyrano de Bergerac
avec Benjamin Lazar, Florence Bolton et Benjamin Perrot
au Théâtre de L'Athénée, du 10 au 26 avril
Benjamin Lazar est très loin d'être un inconnu. J'ai eu la chance de travailler avec lui (et de découvrir ses yeux que nul n'oublie plus jamais...) avant qu'il soit la jeune star du théâtre baroque restitué qu'il est devenu avec sa version unanimement célébrée du Bourgeois Gentilhomme de Molière, puis son magnifique Sant'Alessio de Stefano Landi, avec Les Arts Florissants. S'il est une star, portraituré dans Télérama cette semaine ou magnétophonisé par France Inter le mois dernier, Benjamin n'en reste pas moins un garçon d'une discrétion et d'une gentillesse tellement grandes et sincères que, rien que pour ça, il mérite le beau succès qu'il a... Un homme veut aller voir si la lune n'est pas un monde en elle-même et use de divers stratagèmes pour y grimper. Il tombe dans un monde où on le prend pour la femelle de l'animal de compagnie de la Reine de la Lune, et y vit des aventures et des rencontres passionnantes, drôles ou stimulantes.
Tout ça repose sur un seul homme : Benjamin Lazar, seul en scène (avec deux musiciens qui ponctuent le texte de quelques pièces et de bruits) pendant une heure et demi. Ce qui est fascinant, c'est sa capacité à investir l'espace et à utiliser le si peu de mobilier à sa disposition pour en faire un monde - une chaise devient ainsi une machine volante, et un escabeau une cage... l'imaginaire est à la fête dans ce spectacle, qui démontre superbement que la prononciation restituée du français ancien et la gestuelle baroque ne sont pas, comme on l'entend encore beaucoup (enfin moi, qui suis dans ce monde-là), une afféterie ou une simple mode. Mais bien une belle esthétique, sensible et délicate.
L'Autre Monde ou Les Etats et Empires de la Lune, de Cyrano de Bergerac
avec Benjamin Lazar, Florence Bolton et Benjamin Perrot
au Théâtre de L'Athénée, du 10 au 26 avril
Inscription à :
Articles (Atom)