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mardi 2 novembre 2010

mi-temps

À bien y regarder, on a rarement l'occasion d'être au milieu de quelque chose, de pouvoir contempler deux moitiés égales d'une même entité - alors, quand cette entité est votre propre vie, que dire de l'occasion de regarder des deux côtés !...
Il y aura 17 ans cette semaine que j'avais mon premier rendez-vous avec Emmanuel. 17 ans que j'ai pris mon premier cours de chant. J'avais dix-sept ans. À partir de la semaine prochaine j'aurai passé plus de temps dans ma vie à chanter qu'à ne pas le faire. Et je me dirigerai tranquillement vers mon trente-cinquième anniversaire.
17 ans de chant ! dont 11 ans à n'avoir que ça dans la vie pour la gagner, sa vie. Et pourtant, toujours les mêmes doutes, les petites victoires et les grandes défaites (dans ma tête, pour la plupart), les avancées et les reculades, les joies et les peines. Comme dans la vie, en quelque sorte ?
Aujourd'hui c'est le Jour des Morts. Je pense à Emmanuel, au garçon que j'étais alors et à celui que je suis maintenant, et tout cela me va finalement plutôt bien.

mardi 14 juillet 2009

18 juillet 1999

C'était il y a dix ans, presque jour pour jour. Je faisais mes débuts professionnels. J'ai considéré comme tel mon premier concert avec un ensemble particulièrement réputé, dont la confiance m'honorait immensément, et me mettait, à mon avis, dans "la cour des grands". C'est de là, de ce premier engagement, que tout a découlé : des auditions que j'ai eu le courage de passer, les productions qui se sont enchaînées grâce à ça, la vie gagnée dans et avec la musique - tout ça grâce à ce premier concert, le 18 juillet 1999 à Beaune.
En arrivant à la gare (je n'en menais pas large), j'ai tout de suite vu une fresque représentant De Funès et Bourvil (oui, une scène de La Grande Vadrouille se déroule dans les Hospices de Beaune !) et je me suis dit que j'étais un peu sous leur protection. Ca m'a (à peine) rassuré.
Je me souviens de ma peur lors de ma première répétition "pro", du soupir de soulagement que j'ai poussé (et qu'un ami m'a dit avoir entendu du fond de l'édifice !) la dernière note du concert chantée - de tout ça, comme si c'était hier. Je me disais alors que je n'oublierais jamais rien, ni un lieu ni un collègue ni un programme ; c'était faux, en dix ans on oublie plein de choses - mais pas cette première soirée.

J'ai du mal à croire que 10 ans ont vraiment passé depuis cet acte fondateur de la seconde partie de ma vie. Et pourtant beaucoup de choses en témoignent : des bulletins de salaire et des partitions qui s'entassent dans mes rayonnages, plus de deux dizaines de disques enregistrés (même si je ne les ai plus pour la plupart : je les ai donnés, tellement se réécouter est un supplice), beaucoup de beaux souvenirs, quelques très beaux. Des émotions, des colères, des déceptions, énormément de joies... 1à ans de ma vie se résument là, en ce moment. C'est étrange.

lundi 13 juillet 2009

franco-belgo-suisse

Je ne me plains pas, je gagne correctement ma vie. Mais quand je vois ça, ça me donne envie de hurler. Moi, le prochain 14 juillet, je vais peut-être me délocaliser à Gstaad...

jeudi 5 février 2009

travailler plus pour gagner moins

Les chiffres ne mentent pas : j'ai plus travaillé et moins gagné.
Mon dossier vient d'être rééxaminé par les Assedic, après que j'ai "consommé" mes 243 jours d'indemnisation. Les chiffres en attestent : l'année passée j'ai travaillé plus de 1000 heures, contre 950 l'année précédente. Le cumul de mes salaires est légèrement inférieur, de 2 ou 300 euro - et, comble, mes Assedic (c'est à dire, pour ceux qui savent, mon taux horaire) seront moins importantes cette année qu'elles ne l'étaient l'année passée.
La morale de cette histoire est simplissime : j'ai travaillé plus pour gagner moins, et je gagnerai encore moins en ayant plus travaillé - aussi incroyable que ça puisse me paraître...

lundi 26 janvier 2009

trop-plein

On me demande souvent comme je fais pour gérer mon activité, surtout au niveau du planning. Je réponds que "je prends ce qui se présente et ensuite je fais comme je peux". Et j'ajoute que "ce qui est énervant, c'est quand on me propose deux concerts en même temps".
Car ça arrive, il y a même des jours qui semblent stratégiques, pour des raisons que je n'ai jamais pu éclaircir. L'été dernier, j'ai déjà participé à trois productions quasiment en même temps, et j'aurais pu en faire trois fois plus. Mais c'est normal, c'est l'été et les festivals et...
Mais, par exemple, tout le monde voudrait bien m'engager les 16 et 17 mai prochains. J'ai déjà deux productions différentes entre lesquelles je vais devoir jongler (jongler ça veut dire stresser, prendre des trains super tôt et s'excuser auprès des collègues de n'arriver que pour la dernière répétition...), mais j'ai déjà refusé deux autres productions. Il y a pourtant plein d'autres jours en mai - mais non, tout le monde veut faire des concerts ces deux jours-là.
Alors voilà, que ce soit dit : les 16 et 17 mai, je ne suis plus dispo. Par contre les autres jours...

vendredi 16 janvier 2009

réimpression

La nouvelle est suffisamment rare pour être fêtée : un enregistrement auquel j'ai participé est en rupture de stock moins de deux mois après sa publication - ça ne m'était bien entendu jamais arrivé, et je crois que c'est, dans le disque classique, un fait très peu fréquent.
Je suis heureux non pas pour ma gueule, parce que ça n'aurait aucun sens, mais parce que tout le travail et les concerts qui ont précédé cet enregistrement ont été de grands beaux moments de musique partagée, parce que l'enregistrement a été intelligemment fait, après quatre concerts qui nous avaient permis, à nous interprètes, de bien expérimenter et approfondir cette oeuvre, de vivre avec elle.
Le résultat est là : le disque est beau, plein de lumière et d'intériorité, de belles couleurs dont nous sommes tous fiers ; la critique est excellente - l'éditeur retire de nouveaux exemplaires. C'est une belle nouvelle, dans la grisaille de ces premiers jours de l'an.

jeudi 30 octobre 2008

dans les bacs


C'est Ronaldo qui m'en a parlé le premier : "t'as entendu le disque Gilles ? c'est très beau ce que tu fais dedans". Puis je l'ai reçu par la poste et, avant même de le déballer, je l'ai donné à entendre à Olivier qui l'a beaucoup aimé. Je n'aime toujours pas m'entendre en disque, mais je dois reconnaître que dans ce que j'ai écouté, la prise de son est belle, Alain Buet magnifique, le tout de belle tenue... Et puis les concerts et l'enregistrement ont été un tellement beau moment que j'espère qu'il en reste quelque chose dans le disque...
Alors voilà : puisqu'il n'y a plus aucun secret sur mon identité complète, je me fais de la pub : le disque dont j'ai parlé à plusieurs reprises ici va sortir le 20 novembre.

dimanche 21 septembre 2008

mauvais oeil

Le truc qu'on peut dire, c'est que Maurice a la scoumoune...
Il y a deux ans, lors du premier concert que nous devions donner ensemble, Christophe a dû prendre sa voiture et arriver une bonne heure en retard au raccord (cette répétition d'avant-concert) parce qu'il n'y avait pas de train : un hélicoptère avait coupé des caténaires (décidément, les caténaires...). On croit tous encore qu'il nous a menti...
Lors du second concert c'était moi qui étais out : j'avais éternué (éternué !) et je m'étais fait une entorse du larynx et un hématome aux cordes vocales - je ne savais même pas que ça existait, et mon ORL m'a dit qu'elle n'en avait pas beaucoup vu. Impossible de chanter, j'ai dû me faire remplacer. La veille pour le lendemain.
Ensuite, on a fait un disque - là, moi j'avais une pharyngite et une fièvre de cheval et l'autre Christophe s'est un matin réveillé totalement bloqué : lumbago des familles... Il avait l'air malin, avec sa ceinture lombaire pour respirer et chanter. But he did it !

Deux ans ont passé. La semaine dernière, on répétait notre nouveau programme, pour encore deux concerts et un disque. Au deuxième jour des répétitions, Christophe (celui de l'hélicoptère et de la caténaire...) fait une manoeuvre à moto devant sa maison et se brise le bras en petits morceaux, avec opération d'urgence et tout - même pas en faisant une double vrille ou quelque chose de spectaculaire : simplement en reculant et en faisant une fausse manoeuvre... Résultat : on répète sans lui, en priant le ciel pour qu'il soit rétabli pour les concerts du week-end, et en tablant sur une bonne répétition l'après-midi même du concert - hier, donc.
Hier, nous montons dans le train pour nous rendre dans le Nord. A Saint-Quentin changement de train, normal - mais le train, tout beau et à quai, allait y rester : pas de contrôleur. Panique dans la gare, bus de remplacement (le chauffeur ne connaissait pas lui-même l'itinéraire...), nous voilà partis en déshérence dans l'Aisne, dans des petits villages bien jolis nichés au coeur d'une campagne vraiment profonde : nous avons mis deux heures là où le train mettait 46 minutes, et nous sommes arrivés avec 1 heure 40 de retard. Sans qu'on nous propose de dédommagement, il va de soi puisque c'est un TER et que c'est quand même pas important (décidément, la SNCF...).
Nous sommes donc arrivés sur le lieu du concert à peine une heure et demie avant le début de celui-ci et, pour ainsi dire, nous avons lu pour la première fois le programme tous ensemble devant les auditeurs. C'était l'ouverture de la chasse, une sorte de gigantesque stand de tir aux pigeons d'argile.
On doit enregistrer en novembre - que pourra-t-il bien nous arriver alors ? parce que, c'est un fait : Maurice a la scoumoune...

vendredi 19 septembre 2008

un temps que les moins de 20 ans...

Je ne sais pas comment c'est ailleurs qu'ici - mais à Paris, il y a une sorte de gang des organistes : ils se connaissent tous, se refilent des plans ("si tu accompagnes ma messe de samedi dans telle paroisse je pourrai aller jouer dans telle autre parce que le titulaire joue à Saint Louis en l'Île pour remplacer Benjamin") et ont un argot bien à eux : "j'ai fait quatre soudures ce week-end" (i.e. : j'ai joué pour quatre mariages), "en 2003, j'ai fait plus de viande froide que jamais auparavant" (i.e. : j'ai joué pour plein d'enterrements).
Hier, j'ai donc fait une viande froide - quelle horreur ce mot : j'ai chanté pour un enterrement. Évidemment, j'ai fait les soudures (ça, c'est plus rigolo !) de tous mes amis, mais là c'était une commande, quelqu'un que je ne connaissais pas m'ayant demandé de chanter pour la cérémonie d'enterrement de l'un de ses amis. Étrange, parce que les enterrements me mettent toujours mal à l'aise...
Après moult péripéties pour contacter un organiste (je veux dire : un qui soit libre), je me rends à l'église dite à l'heure dite pour répéter un peu avec celui qui allait accompagner la cérémonie : l'ancien titulaire (parce qu'on est titulaire d'un orgue), désormais à la retraite et titulaire honoraire - "je n'ai jamais autant travaillé que depuis trois ans que je ne travaille plus", me dit-il !
On ne se connaissait pas, alors il me demande si je suis un habitué des charges liturgiques et, devant ma réponse négative, me demande ce que je fais, alors.
"Concertiste", lui réponds-je.
"Ah, très bien ! et vous chantez au Choeur de l'Opéra ? ou à l'O.R.T.F. ?"

mercredi 10 septembre 2008

prise 277

alors là c'est la bonne - en tout cas c'est la dernière : le montage final de ces quelque 50 secondes de musique sera un savant mélange de toutes ces prises, et des trois ou quatre autres faites avant que je ne commence à filmer - une note (une note !) de cette prise, deux mesures, de celle-là, et trois de cette autre.
Voilà : c'est ça la réalité, pas glamour du tout, de l'enregistrement de disques : refaire, encore et encore, et ne pas savoir ce qui sera dans le disque, parce qu'on n'est pas au montage au moment du choix des prises...
Normalement, ce duo enchaîne sur un choeur - qui n'est pas présent au moment de l'enregistrement : il a été enregistré la veille et, au montage, on n'y verra que du feu !... moi, maintenant, pour me souvenir de toutes ces galipettes faites au moment de l'enregistrement (on enregistre la page 4 avant le 1, puis la 2 et la 5, et enfin la 3, mais seulement le lendemain, parce qu'il n'y a pas de choeur, par exemple...), je garde les plannings d'enregistrement...

prise 276

alors là c'est encore plus court : quelqu'un a dû se planter, on s'arrête au bout de quatre secondes...

prise 275

troisième et dernier jour d'enregistrement, prise 275 : sortie de piste au bout de quelques secondes - Dieu, les micros et le directeur artistique, relié à celui-ci (et peut-être à celui-là, qui sait ?!), savent pourquoi. Les artistes devant les micros, non.

mardi 9 septembre 2008

"Ciel, je suis découvert !"

Ce sont les mots que chante Actéon quand, observant Diane et ses soeurs au bain, il est apreçu par la déesse, qui va le transformer en cerf. Tout ça dans Actéon, la pastorale de Marc-Antoine Charpentier.
C'était un secret de pacotille, mais le commentaire de monsieur Mambrino sur ma dernière note m'oute totalement : apparemment, tout le monde sait mon prénom (bien sûr, je le donne !) et mon nom... Secret de pacotille parce que monsieur LeHérisson avait levé il y a plusieurs mois un bout du voile, dieu et lui-même savent comment - monsieur Le Hérisson en avait parlé à monsieur Joss, qui lui-même en avait parlé à monsieur Andesmas qui m'en avait parlé.
Bref : je savais que j'avais été découvert. Mais là, par un inconnu qui, tombant sur ma chronique sur Bassani, se rend compte qu'il m'a entendu en concert, c'est tout de même surprenant. Comme quoi on n'est jamais très bien caché, même derrière son petit doigt.
Boh - rien de très grave, je ne dis ou ne fais rien ici qui soit prohibé ou qui puisse porter atteinte à quiconque dans ma profession, alors...

lundi 1 septembre 2008

un été de Lapin

alors voilà : il paraît que la saison estivale est terminée, que septembre est arrivé...
L'heure d'un petit bilan rigolo d'un été de Lapin Chantant -

du 1er juillet au 31 août j'ai :
- donné 12 concerts
- enregistré 2 disques
- eu 18 jours de répétitions pour tout ça
- voyagé 94 heures, en train ou en bus
- dormi dans 24 endroits différents et
- passé seulement 12 nuits à Paris
- pris 15 jours de vacances
- lu 11 livres
- regardé 54 épisodes de Scrubs en DVD (pendant les pauses, c'est super)

de quoi nourrir plusieurs billets à venir, - puisque je suis à Paris pour quelques jours, vu que je me suis fait virer d'une production : to be continued !

lundi 11 août 2008

viré

Il y a maintenant 8 ans que j'exerce à plein temps le métier de chanteur.
Je suis très lucide sur mes qualités et mes défauts - surtout mes défauts, il est vrai. J'ai, entre beaucoup d'autres, celui de n'être pas sûr de moi, de me sentir souvent illégitime, comme un imposteur au sein d'une équipe. Pendant de nombreuses années, je suis souvent parti pour une production en me disant que j'en serais certainement viré avant la fin, qu'ils se rendraient compte que je n'étais pas la personne requise pour ce travail et qu'il y avait erreur...
Et puis j'ai progressé, au moins sur ça : je travaille, dur, pour arriver le plus prêt possible aux premières répétitions, sachant que la première impression est souvent marquante et durable, et j'ai perdu cette inquiétude qu'on me dise "désolé, mais on s'est trompés, vous pouvez rentrer chez vous". On me dit souvent que je suis un chanteur fiable, et ce n'est pas la moindre de mes avancées.
Et voilà que ça m'arrive - que ça m'arrive en fait pour la première fois : samedi, un chef avec qui j'avais eu grand plaisir à travailler m'a envoyé un mail pour me dire qu'en fait il préférait que je reste chez moi pour la suite de la production, le mois prochain. C'est amusant : je m'y attendais, quelque chose que je ne saurais pourtant décrire dans l'ambiance du travail m'avait gêné, malgré son intérêt. Sans doute sentais-je que j'étais à la limite de mes moyens, et surtout qu'on ne me disait rien pour soit me mettre à l'aise soit me faire avancer.
Je me retrouve donc avec plein de temps libre le mois prochain. J'aurai le temps de retourner au cinéma, de m'occuper de ma maison, de regarder les quarante films que j'ai enregistrés, de travailler pour la suite (chargée) - peut-être aussi un peu de me remettre en question et, pourquoi pas, de déprimer. Mais je vais essayer de ne pas...

dimanche 6 juillet 2008

allégresse

Dans notre (beau) métier de musicien, on a tendance à enfiler les concerts comme des perles, aidé en cela par leur multiplication (dieu merci ! puisque j'ai la chance de pas mal travailler...) et par le fait que, dans l'ensemble Truc ou dans l'ensemble Machin, les collègues soient en fait souvent les mêmes : c'est comme si on était ensemble et que les choses avaient une sorte de permanence. On a malheureusement tendance à oublier qu'on est là pour susciter l'émotion, ou au moins l'intérêt, chez ceux qui nous écoutent... Et à oublier que si on est là, c'est aussi dans notre intérêt, pour apprendre, faire mieux, se laisser motiver et se faire avancer par ceux qui sont en face de nous, qui nous engagent bien sûr mais aussi qui nous amènent plus loin dans notre (beau) métier de musicien.
Ce long préambule pour expliquer mon allégresse du jour - je participe à une production qui a commencé hier et qui m'angoissait un peu : avec un nouvel employeur, au sein d'un ensemble qui a le vent en poupe, au sein d'une équipe épatante - donc inquiétante pour moi, éternel petit chanteur dans mon âme. La trouille, quoi, celle qui te bloque les épaules et les mâchoires.
En plus, c'est pour chanter une oeuvre qui me tient tout particulièrement à coeur, la Passion selon saint Jean de Bach, une de ces oeuvres qui m'ont fait devenir chanteur et avec lesquelles je sens, en tant qu'interprète, la plus grande proximité - intellectuelle, vocale, sensuelle aussi.
Bien qu'Howard dise de moi que je suis "born to be an Evangelist", là je chante les choeurs, dans une version à 8 chanteurs. C'est très peu, et c'est passionnant. Et puis quel bonheur quand, quand on chante une oeuvre qu'on a déjà donnée 15 fois et qu'on connaît par coeur, on entend des nouvelles choses, quand le chef suscite de nouvelles choses - quel bonheur quand le travail professionnel (payé, en un mot !) nous en apprend autant, nous fait finalement, par le simple fait de la musique, mieux chanter qu'avant : progresser, tout simplement. C'est assez rare, dans un métier où on nous demande de (bien) faire ce qu'on sait faire (on s'est quand même cogné des années d'études, sans parler des quotidiennes remises en question... c'est pas pour être incapable d'autonomie, quand même !), souvent par manque pur et simple d'argent, et donc de temps.
Continuer d'apprendre son métier et en retirer un telle exaltation est rare - et grisant.

lundi 26 mai 2008


On ne le croit pas toujours, mais - si si, c'est le cas !
(Opéra de Nantes)

Je suis rentré hier soir d'une semaine de tournée vadrouillante, et je repars pour deux autres semaines de tournée - je vais passer par Marseille, où j'espère que Martin se remet, et surtout par Lyon, où je vais rencontrer pour de vrai monsieur Andesmas, avant de filer voir la salle de bains que Colette a fait faire exprès pour moi - et de chanter un programme que j'ai fait exprès pour elle !
Oui : la scène est un lieu de travail - mais qui permet de jolies rencontres...

lundi 28 avril 2008

à paraître

En dehors d'être malade (c'est toujours pas brillant de ce point de vue), les moments difficiles dans la vie des chanteurs c'est de recevoir un disque qu'on a fait, comme je l'ai déjà dit.
Eh bien voilà - celui-là il tombe bien : on m'a donné vendredi dernier mon dernier disque. Je l'ai écouté hier et je le déteste, je me déteste dessus. Evidemment ce n'est pas objectif mais j'ai la sensation que je ne suis en plus pas aidé par la prise de son.
Alors voilà : non seulement je suis malade mais j'ai entendu sur ce disque un mec dont je déteste la manière dont il chante - tout ça, pour se préparer à l'audition de demain, c'est idéal !
Argh, en un mot...

jeudi 24 avril 2008

je ne voudrais pas céder à la panique...

mes cordes vocales, hier
(oui, moi aussi je trouve ça répugnant)

... ce n'est pas mon genre de céder à la panique, non non...
Mais je suis malade depuis près d'un mois maintenant et non seulement j'en ai marre, mais surtout j'ai vraiment besoin d'être en forme.
J'imagine que c'est pareil quand on est sportif et qu'on a une petite douleur dans la cuisse - quand on est chanteur et que la voix ne va pas comme d'habitude et vous joue des sales tours, c'est le grand flip assuré :
"est-ce que je retrouverai jamais l'usage complet de ma voix ?",
"est-ce que je dois annuler une audition super importante que j'ai la semaine prochaine ou y aller en risquant de me gaufrer et de passer pour un manche ?",
"est-ce que je dois chanter quand même, pour remuscler les cordes vocales, ou me taire, pour récupérer ?"...
Alors voilà : je nage dans ces questions depuis plusieurs jours. Le rétablissement est long et lent et mon ORL m'a mis sous mon quatrième traitement en un mois parce que la trachéite (une maladie aussi chiante et bénigne pour n'importe lequel d'entre vous que la petite douleur dans la cuisse pour moi...) ne veut vraiment pas partir, et m'a dit que les cordes étaient en bon état mais que la toux les fatiguait - alors quoi ?...
Je sais que c'est con de vivre sa vie uniquement autour de ses cordes vocales, mais je n'arrive pas à faire autrement, surtout ces temps-ci...

samedi 19 janvier 2008

bonne presse

On dit tous ça, qu’on ne lit pas les critiques. Mais en fait on les lit, un peu en douce et en n’écoutant pas trop, surtout les mauvaises.
J’avais déjà eu la chance, lors de mes précédents disques, de me faire éreinter par la critique. C’est des choses pas très agréables j’avoue.
Depuis, chaque fois que je chante devant un micro, j’imagine le critique avec ses lunettes sur le nez m’auscultant à la loupe – et j’essaie de lui substituer un visage ami, une personne que je sais que mon travail pourra toucher : maman, Marie-Jo, Matthieu…

Alors une fois n’est pas coutume, mon dernier disque a été encensé quasi-unanimement par la critique. Et comme j’ai beau être modeste je n’en suis pas moins content… voici quelques phrases qui me font du bien en ce moment :
"Tous méritent d’être distingués. Mais le plus extraordinaire est [Le Lapin]. Non seulement il interprète cinq rôles avec finesse, mais surtout il possède une vraie voix de haute-contre. Ces ténors français si brillants et si clairs indispensables dans ces ouvrages français du grand siècle. Une grande carrière s’offre à lui tant ces dons sont prometteurs. La beauté de la voix est associée à une diction parfaite et une caractérisation rendant très intéressant le plus petit rôle."
et aussi :
"Signalons aussi les rôles de haute-contre, nombreux, mais épars. Lors des concerts parisiens à la Cité de la Musique, ils étaient confiés à Howard [C.], et l’on pouvait craindre de tout perdre en changeant de chanteur, mais c’est le contraire qui se produit. Car [Le Lapin] est peut-être bien la relève d’Howard [C.] avec une voix du même type, à la fois héroïque et terriblement douce, sensible et touchante là encore. Certes, la maîtrise n’est pas tout à fait celle de celui qui est l’un des vétérans des hautes-contre, mais cela s’acquiert, et la technique est déjà en grande partie là. Reste à lui proposer de vrai rôles pour voir s’il est aussi capable d’habiter un rôle. Il faut rendre grâce à [H. R.] de nous faire connaître cette haute-contre qui nous aidera sans doute beaucoup à moins regretter son aîné lorsqu’il se retirera de la scène lyrique – mais nous avons encore un peu de temps."

Entendons-nous : mon idée n’est pas de me faire reluire, et ces critiques ne me donnent pas l’impression que tout est maintenant en route pour la grande carrière qu’on me promet : c’est juste un indicateur sur l’état d’avancement de mon travail, sur le fait que je progresse – et ça fait vraiment du bien.