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samedi 8 août 2009

pages blanches

Colette est certainement une de mes amies les plus chères, un des âmes avec lesquelles je suis le plus en communication, en toute simplicité.
Notre rencontre était amusante : comme j'arrivais à l'hôtel pour trois jours d'enregistrement (et c'était à l'époque où les enregistrements me mettaient encore plus mal à l'aise qu'ils ne le font aujourd'hui : j'étais donc perclu de peur), l'organiste me présente "Colette, une amie". Je lui ai répondu : "vous faîtes un beau métier, madame". Nous ne nous sommes plus quittés. C'était aussi simple que ça. C'était il y a 4 ans.
Je dois à Colette des remerciements éternels pour m'avoir fait retourner dans les musées - et y prendre plaisir ! j'avais, pour je ne sais quelle raison, développé un complexe face aux musées, comme d'autres face à la musique classique : trop compliqué pour moi, pas assez de culture, trop grand pour ne pas m'y perdre. Comme j'accompagnais Colette à une expo Bonnard au Musée d'Art Moderne, le choc, l'immense choc : non seulement je n'étais pas perdu, mais ça me faisait plaisir, mais je pouvais dire que tel ou tel tableau me touchait plus et pour quelle raison - je n'étais donc pas le crétin fini que je m'imaginais être, et ça a été une révélation. Depuis je hante les musées pendant des heures, libre de m'ennuyer devant un chef d'oeuvre, de traverser une salle au pas de course ou de m'extasier devant un tout petit tableau dans un coin, d'y revenir plusieurs fois et de l'emporter dans mon coeur en trophée.

Après l'avoir fait avec les musées, Colette réussira-t-elle à me réconcilier avec la poésie ?! je reçois de temps en temps par la poste un livre, juste pour le plaisir de faire plaisir. C'est toujours un livre de Christian Bobin, que Colette admire passionnément. Un petit livre, d'une centaine de pages, avec beaucoup de blanc dedans - d'espace pour rêver, sans doute.
J'ai reçu il y a quelques semaines un nouveau livre de Christian Bobin, La Dame blanche. Je l'ai ouvert avant-hier - et quel choc ! je suis tombé sur le personnage d'Emily Dickinson, dont je connaissais seulement le nom (elle a été maintes fois mise en musique). Ce petit livre la met en scène, dans une biographie poétique et éparse, posant une ligne ici, un paragraphe là, pour composer un portrait en camaïeu de blancs de cette dame blanche comme un lys. Et me voici désormais hameçonné, voulant en savoir plus - et lire des poèmes d'Emily Dickinson.
Peut-être cette rencontre tournera-t-elle court, mais j'ai la sensation que ce livre va marquer pour moi un moment important de ma vie. Je le devrai à Colette, encore une fois.

Christian Bobin, La Dame blanche ; Gallimard, collection Folio ; 125 pages, 4,30 €.

dimanche 15 mars 2009

Les Matriochkas

J'aime vraiment beaucoup Violaine. Je ne saurais précisément dire pourquoi je me suis toujours senti bien, et en confiance, avec elle. J'aime sa manière d'être, de chanter : simple et sensible.
Violaine m'a donc invité, il y a trois semaines environ, à dîner chez elle, avec quelques amis : deux collègues et une de ses anciennes amies, retrouvées grâce à Facebook - comme quoi ça a bien du bon, ce réseau...
Nous voici donc dînant (magnifiquement) ensemble. L'amie en question disant qu'elle était totalement incapable de chanter, Violaine répliquant qu'elle serait pour sa part bien incapable d'écrire une seule page de roman, alors elles étaient quittes - j'ai donc compris que Stéphanie écrivait.
Je me suis conséquemment documenté sur son travail - et j'ai découvert qu'elle avait, pour son premier roman, Les Matriochkas, travaillé sur le judaïsme et la déportation. Puisque ça collait parfaitement avec mon thème du moment, je me suis empressé de lire ce roman, couronné de plusieurs prix.
Stéphanie Janicot a tissé dans ce texte une trame autour du souvenir et de la culpabilité, offrant une nouvelle pierre à la technique de l'histoire racontée sous plusieurs points de vue, qui chacun éclaire et enrichit l'autre (les deux grandes réussites du genre étant, parmi celles que je connais, L'Eté meurtrier de Sébastien Japrisot et Le Cercle de la Croix, de Iain Pears). Ca commence très simplement, d'une manière très quotidienne, mais rapidement on est absorbé et passionné par ce mélange de passé et de présent, par la recherche de Werner, jeune étudiant allemand tombé par hasard chez une vieille juive, quarante ans après la guerre. Même s'il n'y est qu'à peine question de cruauté, je ne me suis pas tant éloigné de mon thème (et quand bien même !) tant ce texte pose d'autres questions, en particulier celle des motivations propres à chaque action, montrant que tout n'est jamais noir ou blanc, et que la palette des gris est infinie, et subtile.
Les Matriochkas est un texte très touchant, où les éventuelles pistes attendues se révèlent, tour de force, inattendues (impossible d'en dire plus sans en dire trop !).
Une bien belle lecture, que je dois à Violaine et que j'espère contribuer ainsi à partager.

Stéphanie Janicot, Les Matriochkas ; Le Livre de Poche, 216 pages, 5,50 €.

jeudi 19 février 2009

petits amoureux

Ce commentaire de Susy, à propos du décès de son arrière-grand-mère :
"Elle est gentille mamie.
- Pourquoi ?
- Parce qu'elle a choisi d'aller retrouver papi juste le jour de la Saint Valentin !"

Ca va avec l'une des images gravées dans ma mémoire : nous étions allés voir mon grand-père, hospitalisé. Il était l'heure de partir et ma grand-mère, qui devait bien avoir 80 ans à l'époque (et pas loin de 60 de mariage !), s'est empressée d'embrasser son mari. Ils se sont donnés un beau baiser d'amoureux tellement tendre et fougueux - que je crois que Susy a raison : mamie est bien partie retrouver son amoureux, juste un jour de Saint Valentin.

mercredi 4 février 2009

petite dédicace

et Aurélie dit : "il n'y a pas de titre à ton billet" ; et Aurélie dit : "ne me parlez plus de neige"... voilà pourtant la ronde laissée par un oiseau sous mes fenêtres lundi matin : c'est vraiment Des pas sur la neige...

samedi 6 décembre 2008

encore un peu d'Art !

C'est amusant, les coïncidences : j'ai parlé de Georges et de L'Art de la Fugue de Bach il y a quelques jours, et voilà-t-il pas que ce même Georges va jouer... L'Art de la Fugue à l'orgue de l'église des Blancs-Manteaux, là où il est co-titulaire, le 18 décembre prochain... Le monde est vraiment petit !
Les informations dont vous pourriez avoir besoin sont : ne serait-ce que parce que Georges est l'homme le plus gentil de la terre (ce qui dans notre métier est une indéniable qualité...), ne serait-ce que parce qu'il jouera une version de L'Art complétée par Boëly, compositeur méconnu dont on fête le cent-cinquantenaire cette année - je vous engage vivement à aller aux Blancs Manteaux écouter ce concert, où je ne serai pas parce que je serai non en Cochinchine mais en terre angevine pour chanter Noël, de saison aussi !

PS : à ce propos, en cherchant un tout petit peu plus, je me suis rendu compte que j'avais fait une erreur dans mon billet, et transposé tout L'Art de la Fugue de ré à do mineur. Mes excuses confuses !

lundi 1 décembre 2008

L'Art d'Alice

Comme dit Georges : "Alice Ader est la pianiste des musiciens" - je serais en effet bien en peine de dire comme j'ai découvert le travail de cette merveilleuse musicienne... Je me souviens par contre de n'avoir pas été surpris de découvrir que la toute douce petite musique d'Être et Avoir, ce merveilleux documentaire sur l'école rurale, était née sous les doigts d'Alice Ader... Je me souviens aussi d'un soir où, me couchant chez mes parents et allumant la radio pour écouter un peu de musique dans la nuit, j'ai entendu une interprétation merveilleuse, à la fois forte et tellement délicate, du Prélude, Choral et Fugue de César Franck - après la diffusion, j'ai appris que c'était l'enregistrement d'Alice Ader, que j'ai acheté aussitôt (moi qui n'achète que très peu de disques, chacun est un événement, et souvent un enthousiasme).
Quelques temps après, j'ai découvert dans le livret d'un autre enregistrement, qu'Alice habitait tout près de chez moi - je lui ai alors envoyé une petite lettre pour lui dire ma grande admiration. Et un jour, ce message sur mon répondeur : "c'est Alice Ader, votre voisine ; je donne un petit récital chez moi, voulez-vous venir ?". C'est ainsi que j'ai découvert qu'Alice était aussi une femme simple et magnifique.
Cette longue introduction pour dire que je suis allé entendre ma voisine Alice jouer en concert L'Art de la Fugue, de Bach, à l'occasion de la sortie de son nouveau disque, réalisé en public l'année passé au cours d'un concert que j'étais triste d'avoir raté. L'Art de la Fugue est une oeuvre monumentale, probablement de la fin de la vie du compositeur (même si des études récentes tendent à prouver qu'il y travailla de longues années, et qu'il n'est pas mort sur l'ouvrage comme la légende le dit), dans laquelle Bach écrit 14 fugues différentes sur le même sujet, de quelques notes (do, sol, mi bémol, do, si bécarre, do, ré, mi bémol, fa, mi bémol, ré, do). On est donc presque dans l'ouvrage théorique, et le danger est de considérer l'oeuvre comme telle, de ne donner à voir que son aridité, et pas sa profonde liberté.
Jouer L'Art de la Fugue en concert est un défi : pour l'interprète, qui traverse seul le désert, et pour le spectateur, que le rigoureux do mineur pourrait peut-être lasser. Rien de cela sous les doigts d'Alice Ader, au contraire : très concentrée, sans aucune affectation, elle trace son chemin paisiblement, donnant à entendre des plans sonores très nombreux et découpés (j'ai l'impression , en écoutant Alice jouer, de regarder une image avec une très grande profondeur de champ, où tout est net, du premier au dernier plan, et pourtant clairement à sa place, dessiné), transportant d'émotion (presqu'un comble dans cette musique qui en revendique si peu !) l'auditeur accroché à ses pas. Depuis les premières notes, qui sont comme de légers galets jetés dans un sable fin qui les nimbe de poussière dorée, jusqu'à l'abîme final dans lequel tombe l'oeuvre, inachevée, tout est passionnant, étreignant comme un Klavierstücke de Schubert ou doux comme un adagio de Mozart. On marche sur le vide, bouleversé par tant de beauté.
L'Art d'Alice n'a aucune des séductions dont on peut parfois nous régaler, mais nous offre un voyage presque métaphysique, et pourtant tellement sensible... des moments comme la vie nous en offre peu.

mercredi 24 septembre 2008

Ange du Paradis




Ce soir-là j'étais allé au cinéma sur les bords du canal de l'Ourcq, cet endroit de Paris si beau, surtout la nuit, avec ses deux cinémas qui se font face, et les lumières qui se reflètent sur l'eau. Il émane de cet lieu un calme apaisant que j'aime à retrouver, chaque fois que je sors d'une séance, la nuit tombée.
Ce soir-là, j'étais donc heureux, tout simplement. Sans autre raison.
C'est le lendemain matin, à 8 heures et demi, que j'ai reçu un appel de mon frère - j'ai tout de suite su de quoi il s'agissait : leur bébé était né. "Albane est née hier soir à 23 heures 35", m'a-t-il dit. Tout de suite j'ai eu l'impression d'un changement, même pour moi : une vie était apparue qui n'était pas là 24 heures avant, un petit être venait de prendre sa place dans notre vie et notre monde - sensation indéfinissable d'un bonheur indescriptible.
J'ai sauté dans le TGV pour aller prendre ma nièce, si chaleureusement attendue, dans mes bras. Petit bébé d'à peine 14 heures au moment de cette photo, jeune tonton bouleversé de voir cette petite vie toute chaude, ce petit être déjà un être à part entière, avec ses sourires et ses rêves, ses premiers rêves dans les bras d'un autre jeune tonton émerveillé...
Tout ça, c'était il y a un an, tout juste.
Depuis, ce bébé si petit a dénoué les noeuds, consolidé les liens, réconcilié les fâcheries - je crois vraiment qu'Albane est un ange du ciel, oui.
Joyeux anniversaire, bébé. Je t'aime comme un fou.

dimanche 14 septembre 2008

bébé nageur

what else ?!

alors ça, si c'est pas un bébé de magazine je ne sais plus quoi dire...

Albane a passé quelques jours avec son papi et Camille,
et apparemment ils se sont bien amusés à la piscine...

mardi 17 juin 2008

"c'était il y a longtemps"

On dit qu'une personne âgée qui meurt c'est une bibliothèque qui brûle - avant que celle de ma grand-mère ne brûle, j'en tire tous les livres que je peux.
J'ai vu ma grand-mère samedi dernier, pendant environ une heure. Tout seul - j'aime bien la voir seule : je lui laisse le temps de penser, de parler tranquillement, je ne finis pas ses phrases à sa place comme le fait ma mère... Du coup elle me parle de choses très anciennes : samedi, c'était du temps de son mariage, de sa belle-mère - que j'ai connue petit -, de comment elle a élevé ses frères après la mort de ses parents... Recevoir ces confidences me réjouit. Je me sens comme le dépositaire d'une toute petite histoire, mais d'une petite histoire qui est une part de la mienne. J'ai de la chance de pouvoir en profiter.
Mais nous courons contre la montre : à chaque fois que je quitte ma grand-mère j'ai l'impression que c'est pour la dernière fois. Quand je suis parti samedi, elle a laissé très longtemps sa main gauche sur mon avant-bras droit, peut-être pour m'empêcher de la laisser seule trop vite ? peut-être pour sentir avec moi un contact profond, silencieux, entre nous ? quatre jours après, je sens encore la brûlure de sa main sur ma peau. Je sais que j'aurai encore cette empreinte après sa mort, et qu'elle me liera à elle profondément, par-delà les souvenirs partagés.

lundi 9 juin 2008

sur la photo

C'est Nicolas, le parrain d'Albane, qui a fait cette photo, le jour du baptême de ma nièce. Il ne savait certainement pas ce qu'elle a d'historique...
Au milieu et en bleu, c'est moi. A ma droite, ma maman et André, son ami. A ma gauche, mon père et Camille, son amie. Réunir tout le monde sur une seule photo est historique, tout comme l'était cette journée du 25 mai.
Quinze ans que mes parents sont séparés et que mon père vit avec Camille, qui était auparavant une amie du couple. Classique...
La relation entre mes parents après le divorce a mis près de sept ans à se stabiliser - entendez : il ont mis tout ce temps à ne plus se faire la guerre. Et même, il y a environ cinq-six ans, grâce à (à cause de...) la maladie de l'ami de ma mère, ils se sont un peu rapprochés. Mais, à part se dire vaguement bonjour, les deux femmes ne s'étaient plus approchées depuis quinze ans.
Le baptême, en ce qu'il offrait la possibilité (l'obligation...) de se retrouver tous ensemble, a été l'occasion pour elles de se revoir et de se reparler, avec force larmes - que je n'ai pas été le dernier à verser, évidemment. Voir cette image est totalement incongru, et montre un nouvel état des choses : des relations normalisées entre les deux couples. C'est une belle perspective.
Pas étonnant que cette réconciliation se soit déroulée sous les auspices d'Albane, qui est je crois un ange du ciel.

vendredi 23 mai 2008

la musique partagée

article modifié le 1er décembre 2008










face à ça, que faire d'autre ?




?

mardi 20 mai 2008

papounet

article modifié le 1er décembre 2008

"On voit qu'ici le mort est objet, et non plus sujet. Au lieu de partenaire avec qui l'on traite, c'est un instrument dont on joue pour une spéculation où le mensonge et la supercherie ont leur place. Certaines sociétés observent vis-à-vis de leurs morts une attitude de ce type. Elles leur refusent le repos, elles les mobilisent : littéralement parfois, comme c'est le cas du cannibalisme [...]; symboliquement aussi, dans les sociétés engagées dans des rivalités de prestige et où les participants doivent, si j'ose dire, appeler constamment les morts à la rescousse, cherchant à justifier leurs prérogatives au moyen d'évocation des ancêtres [...]."

Claude Levi-Strauss, Tristes Tropiques, page 269 (collection Terre Humaine Poche, édition Pocket)

dimanche 18 mai 2008

nonante-neuf


Ma grand-mère, pour laquelle on s'est beaucoup inquiétés il y a trois mois, fête ses 99 ans aujourd'hui !
J'ai attendu des années qu'elle devienne arrière-arrière grand-mère (ce qu'elle est devenue il y a trois ans, et à cinq ou six reprises désormais !) - j'espère depuis des années qu'elle vivra centenaire. Parce que ça me rendrait heureux, tout simplement.
(si mamie, qui ne sait probablement pas ce qu'est internet, savait que sa photo est sur internet - je crois qu'elle serait contente !)

mardi 13 mai 2008

l'ombre d'un if

Quand on arrive de Paris à Angers, au moment où la dame du train annonce que "nous arrivons à Angers Saint-Laud", il suffit de tourner la tête à droite : c'est là le Cimetière de l'Est.
A chaque fois je regarde, et ma pensée va vers Emmanuel, mon premier prof de chant - un enseignant et un homme vraiment extraordinaire, solaire et rayonnant. Emmanuel est mort très brutalement d'un cancer, en août 1995, laissant plein d'élèves et d'amis démunis. Il avait 46 ans et en paraissait 35. J'ai réalisé il y a très peu de temps qu'il avait l'âge de mon père. C'est lui qui a planté la graine qui a donné les qualités qu'on vante aujourd'hui chez moi : la clarté et la précision de la diction, l'accent mis sur la compréhension à tout prix du texte chanté.
J'ai tellement pleuré sur sa tombe ! j'y suis allé toutes les semaines, chaque jeudi, pendant des mois avant de réaliser que son souvenir était dans ma tête, mon coeur et mon chant plutôt que sous cette dalle de marbre - et j'ai donc cessé d'y aller.
Samedi dernier j'étais à Angers pour un mariage et, comme j'avais deux heures à attendre, j'ai décidé de retourner sur la tombe d'Emmanuel, au Cimetière de l'Est. Je me rappelais bien de la dalle au bord d'une allée, sous un grand if, non loin de l'immeuble de logements sociaux d'où on avait entendu une chanson de Gainsbourg, très fort, pendant la mise en terre.
Je n'ai pas su retrouver la tombe d'Emmanuel. J'y ai pourtant passé plus d'une heure, faisant et refaisant toutes les allées d'un bout à l'autre, reconnaissant les lieux - mais incapable de localiser la tombe. Le bureau des renseignements était fermé, je n'ai pas su le trouver : c'est très dur pour moi de me dire que j'ai pu oublier où était cet homme si déterminant dans ma vie.

samedi 12 avril 2008

docteur

Hier, Stéphanie est devenue Docteur en Musicologie, avec les félicitations du jury.
Elle venait, les deux heures et demi précédentes, de soutenir une thèse sur la musique pour enfants en langue drehu, sur l'Île de Lifou, en Nouvelle-Calédonie.
J'ai longtemps cru que je ne connaîtrais jamais aucun docteur, que c'était réservé à une telle élite que je ne pourrais jamais l'approcher.
Eh bien j'ai deux docteurs dans mon entourage, Laurent, docteur en Histoire, et maintenant Stéphanie - et plusieurs doctorants, dont Aurélie, qui m'a offert mardi dernier sa première publication, dans les actes d'un important colloque !, Marc, Rondy, et bien entendu Andesmas.
Je suis admiratif : bien entendu c'est un travail tellement précis et fouillé qu'il suscite l'admiration, évidemment. Comment peut-on se passionner pour un sujet gros comme une tête d'épingle au point d'y engloutir sept ans de sa vie? et surtout - comment y survit-on ? quelle vie a-t-on de reste quand on doit faire tout ça, chercher, vérifier, recouper, lire des wagons de livres le plus souvent illisibles, et puis ensuite synthétiser, proposer, écrire, écrire encore et encore (600 pages, ma petite Stéphanie que j'ai connue il y a presque 20 ans, avec qui j'ai donné des concerts il y a quinze ans, que j'ai tenue dans mes bras quand elle n'allait pas et inversement - et qui parle maintenant de paradigmes comme moi d'horaires de trains)...
Moi qui ne lis que des romans, qui n'ai même pas fini ma maîtrise de Lettres (parce que j'ai trouvé du boulot, et qu'après mes pas sont allés ailleurs) et qui serais bien incapable de cette somme de travail - je suis fasciné, et impressionné.
Bon courage, gentil nouveau docteur, et bon retour en Calédonie !

mardi 4 mars 2008

mamie Picard

Mamie Picard avait 66 ans quand je suis né : je l'ai toujours connue âgée, donc.
Mais elle ne s'en laissait pas conter : elle faisait son ménage, sa cuisine, ses courses et sa lessive (ça rendait ses filles folles de savoir qu'elle grimpait deux étages pour étendre son linge au grenier...) et, jusqu'à 88 ans, ils ont vécu, avec mon grand-père, dans leur maison sans presqu'aucune aide.
Puis mon grand-père est mort, il y a tout juste dix ans - et l'entrée en maison de retraite prévue à deux s'est finalement faite toute seule.
Dix ans que mamie vit dans cette maison, seule ("faut pas croire que ça a été facile", m'a-t-elle dit un jour), et qu'elle dit qu'elle en a marre des vieux qui se plaignent. Dix ans qu'elle fait son lit toute seule parce qu'elle en a marre d'attendre que les femmes viennent le faire. Dix ans qu'elle enterre ses frères, la tête haute. Et, la tête pas du tout partie, dix ans qu'elle compte les générations : cinq désormais - mamie Picard est arrière-arrière grand-mère depuis deux ans maintenant.
Mais mamie Picard en a marre. Elle n'attend plus rien, ni enfants ni mariages - et puis, à 98 ans consommés, elle n'a plus ses jambes, ni ses yeux ; un rien la fatigue et elle en a marre, légitimement.
Elle a dit la semaine dernière qu'elle ne se battrait plus. La mort risque de la cueillir bientôt maintenant. Je suis très triste à l'idée de la perdre, mais je comprends qu'elle veuille se retirer le plus dignement possible, et je l'encourage avec tout mon amour, qui n'est pas petit, à décider à sa guise.

dimanche 10 février 2008

comme un bébé



J'ai retrouvé des photos que j'avais oubliées !

Là, c'est ma nièce qui dort. Je crois que j'ai passé une heure au total pendant les vacances de Noël (de quand date cette image) à la regarder dormir, rien que dormir.

Quand elle se réveille, elle regarde autour d'elle tranquillement. Un jour j'étais là : elle est restée calme, puis a commencé à causer un peu. C'était un super moment. Après, je lui ai même donné son bain !

Que j'aime cette petite fille !

mercredi 6 février 2008

ma Line

Il y a quelques temps, j'avais écrit un petit mot sur le film Chaos, et sur le bien que je pensais et de ce film et de la présence si mélancolique de Line Renaud dans la distribution.
Ce soir-là, pour vous trouver une photo de Line Renaud, je suis allé sur un site - d'où on peut la "contacter". Je ne le fais jamais, mais ce soir-là, ému, j'ai écrit à la dame, pour lui dire peu de chose : qu'elle m'émouvait souvent, que je la trouvais sympathique et probablement chaleureuse - et qu'elle n'aurait certainement jamais ce message.
Eh bien j'avais tort, semble-t-il : la semaine dernière m'est parvenue une discrète enveloppe avec une photo dédicacée de Line Renaud. Je ne collectionne pas ce genre d'articles mais la photo me regarde désormais quand je travaille au piano, parce que je trouve que c'est un joli geste, qui me touche beaucoup par sa délicatesse.

dimanche 13 janvier 2008

Susy

Aujourd'hui, ma petite filleule Susy a 9 ans.
Susy est la troisième fille de mon cousin Pascal. J'ai chanté pour son baptême, je m'en souviens très bien. Et puis après ça a été un peu flou, j'ai bien dû lui faire quelques cadeaux mais je n'en suis même plus certain.
Mais à chaque fois qu'on se voyait c'était super, elle me faisait plein de câlins et me disait que c'était chouette que je sois là et tout - un jour, son père lui a fait fermer les yeux pendant 10 minutes, le temps de me récupérer à la gare et de me faire monter dans la voiture, pour lui faire la surprise de ma venue. Elle m'a dit, c'était tellement mignon : "t'es une belle surprise, parrain".
Mais je ne sais pas si je suis digne de l'amour que me donne Susy. Elle m'a souvent regardé comme si je n'existais pas, comme si elle ne croyait pas réellement à mon existence. Je me souviens d'une fois où, avec ma mère, elle m'attendait sur la quai de la gare : je lui ai fait bonjour par la fenêtre et j'ai vu dans ses yeux quelque chose comme "il existe pour de vrai", comme si j'étais le Père Noël ou une autre fantasmagorie apparaissant pour de vrai.
Maintenant elle croit un peu plus à mon existence (il paraît que sa mère en a marre d'entendre mes disques... Susy lui dirait "tu comprends rien" !), mais je sais que chaque fois que je téléphone et que son père dit "c'est ton parrain", son visage s'éclaire.
Pour Noël, j'ai encore eu droit à plein de moments super - on a même dormi ensemble ! une première. Susy viendra pour la première fois à Paris, maintenant qu'elle est grande, au printemps. Ce sera bien !

samedi 12 janvier 2008

encore des voeux

ça me fait trop rire !
(merci Aurore et Geoffroy !)